Entretien avec Bruno Roland, en charge des politiques territoriales et de la professionnalisation à la FFHB

Si l’observatoire du Sport Français présente publiquement le fruit de ses recherches à travers la datavisualisation, en coulisses, les étudiants en charge du projet peuvent également faire l’objet de sollicitations par des tiers pour des études plus spécifiques, pour les régions, ou le mouvement fédéral notamment. Depuis l’année universitaire 2016-2017, le groupe collabore avec l’Institut fédéral de la formation et de l’emploi (IFFE) avec comme principal interlocuteur Bruno Roland, et plus largement avec la Fédération Française de Handball. L’une des missions prioritaire réside à l’accompagnement des clubs et des instances territoriales de la discipline vers une structuration professionnalisante. S’il admet avoir eu connaissance un peu par hasard du projet d’étude, il reconnaît aujourd’hui que la collaboration peut apporter des réponses à de multiples besoins, questions et problématiques. L’occasion de faire un premier bilan, et d’étaler les perspectives avec notre premier partenaire majeur.

 

 

Pouvez-vous vous présenter ?
Je travaille à la Fédération depuis une quinzaine d’années. Au départ, j’étais en charge de l’emploi, puis de la professionnalisation. Désormais, je suis toujours en charge de la professionnalisation mais dans le sens de la structuration des clubs et des instances déconcentrées de la Fédération (ligues et comités départementaux), ainsi que de la gestion des ressources humaines des cadres d’Etat en lien avec le directeur technique national et des personnels techniques de droit privé qui sont sollicités sur des missions nationales. Je travaille donc sur ces trois grands sujets : politiques territoriales, professionnalisation/structuration et RH/DTN. Je travaille aussi à l’interface d’un certain nombre d’autres secteurs d’activité : le service aux clubs (ex développement), et l’institut fédéral de la formation et de l’emploi puisque qui dit structuration, dit compétence, et dit formation.

Comment avez-vous eu connaissance de l’Observatoire du Sport Français ?
De manière un peu anecdotique, c’est un collègue qui s’occupe de la cohésion sociale et de la citoyenneté qui avait reçu une information, et qui pensait au départ que c’était plus en lien sur les travaux qu’ils menaient sur l’observation des incivilités. Il m’a transféré le mail et j’ai vite mesuré que ce n’était pas directement lié avec le champ de la cohésion sociale, mais que ça pouvait avoir un intérêt par rapport aux travaux d’observation que l’on mène depuis plusieurs années. Le directeur administratif et financier de l’institut fédéral de la formation et de l’emploi, Nicolas Barbeau, connaissait déjà Arnaud Saurois. On a pris contact avec lui, il nous a expliqué quel était l’objet de l’observatoire du sport français. Progressivement, nous avons fait connaissance et avons mesuré que nous avions des objectifs communs. On a mis en place un partenariat depuis deux années universitaires (2016/2017).

Quelles sont les missions que vous avez confié aux membres de l’Observatoire du Sport ?
L’année dernière, il y avait quatre grandes thématiques. Une consistait à une étude sur l’impact des clubs de haut niveau, des évènements et des résultats internationaux sur le développement de l’activité. Un deuxième groupe d’étudiants s’est penché sur les besoins des clubs et leur potentialité de développement (enquête club de demain). Un troisième groupe a travaillé sur l’analyse de données à partir de l’outil statplanet (data visualisation) en y intégrant un certain nombre d’éléments issus d’autres rapports ou de l’outil de traitement de l’information de la fédération qui s’appelle Gest’hand. Le quatrième groupe a travaillé sur la relation emploi-formation.
Pour cette année, il s’agit également d’un travail sur statplanet en fiabilisant l’existant et en y intégrant de nouvelles données. En faisant également un zoom sur la féminisation pour illustrer de l’intérêt de l’utilisation de cet outil et de la pertinence de le mettre à disposition des élus fédéraux, mais aussi des organes déconcentrés de la Fédération. Un deuxième groupe travaille toujours sur l’enquête « clubs de demain » qui a été revisitée et optimisée. Un dernier groupe travaille sur ce que l’on appelle le pacte de développement et son tableau de bord, c’est-à-dire des indicateurs qui permettent de déterminer les moyens financiers alloués aux territoires (ligues et comités) dans le cadre de ce pacte qui contient cinq grands axes.

Etes-vous satisfait du travail réalisé depuis le début de la collaboration en 2016 ?
Globalement, oui, je suis très satisfait. L’année dernière, il y a eu des fortunes diverses en fonction des quatre groupes. Ce qui a été plutôt très pertinent fut l’enquête « clubs de demain ». Il y a eu une restitution, ça a été diffusé à l’ensemble des territoires. Il y a eu des retours positifs et une communication sur les réseaux sociaux autour d’un certain nombre d’articles qui sont parus au regard de ces travaux et de l’analyse de ces données. Concernant statplanet, il s’agissait du début. Enfin, il y a eu une production un peu en deçà par rapport à l’analyse de l’impact des résultats internationaux et des clubs de haut niveau sur le développement de l’activité.
On travaille aussi en partenariat avec une structure qui s’appelle le GAREF (Groupe pour l’analyse de la relation Emploi Formation dans le champ des activités physiques et sportives). Ce groupe a été initié par des partenaires sociaux et un consortium d’universités (Université Paris-Est Créteil, Université Paris-Est Marne la Vallée et Université Claude Bernard Lyon 1). Il traite principalement de la relation entre la formation, les professions et l’emploi dans le champ du sport. Jean-Louis Gouju, maitre de conférence à l’Université de Créteil, y apporte toute son expérience et son expertise. Nous avons souhaité mettre en réseau l’ensemble de ces partenariats pour optimiser et rendre plus efficients ces travaux. Arnaud nous a permis de connaitre l’IUT de Niort avec son DUT statistique et informatique décisionnelle (STID). L’année dernière, nous avons accueilli un stagiaire M1 de Poitiers, Valentin Guyonnet, ainsi qu’un stagiaire de l’IUT de Niort, Aurélien Pinson. Cette mise en réseau prend tout son sens lors de cette année universitaire. C’est plutôt très positif en attendant les restitutions qui seront le 5 février pour Niort et le 27 février pour Poitiers. Dans cette mise en réseaux, ces collaborations, il y a une pluri expertise. c’est donc plutôt satisfaisant et opérationnel. Toutefois, je pense que nous pouvons faire encore mieux, notamment sur le fait de mieux cerner les commandes, mais forcément cela demande du temps et nécessite de bien se connaitre.

Quelles plus-values et compétences vous apportent les étudiants en Master 2 Management du sport de l’université de Poitiers ?
Je pense que stratégiquement et politiquement, nous avons besoin de faire reconnaitre la nécessité d’avoir des outils de pilotages, des outils d’aide à la prise de décisions, voire un pôle de recherche et développement sur un certain nombre de dimensions et thématiques, par exemple sur les attentes et les besoins des clubs de la Fédération, sur leur ancrage territorial, sur leurs performances sociales, etc.. Le fait d’avoir des apports extérieurs, des productions, est un levier pour qu’il y ait des prises de conscience au niveau des élus. Pour illustrer, à la demande de la secrétaire générale, Arnaud Saurois et deux étudiants sont venus présenter les travaux de l’année dernière sur l’enquête sur le club de demain et l’outil staplanet, lors d’un conseil d’administration en présence des présidents de ligues. Cela contribue à mieux faire reconnaitre ce besoin et à renforcer son portage politique.
Le deuxième point sont les productions. Je citais l’enquête club de demain. Je pense qu’il convient de développer une culture autour de l’intérêt de pouvoir s’appuyer sur des analyses objectives pour renforcer le pilotage, les stratégies portées par la Fédération et les Territoires en termes de développement qualitatif et quantitatif.

Les travaux de l’Observatoire du sport vous ont-ils influencé sur vos décisions stratégiques ?
A mon avis, au niveau national, cela n’a pas encore l’impact souhaité, à la fois sur la culture, la prise de conscience, la volonté politique de s’engager plus fortement dans ce type de démarche. Après, je sais que l’enquête « club de demain » a une réelle valeur ajoutée puisque de nombreux territoires se sont appuyés sur cette analyse des besoins des clubs, sur leur ressenti, leur potentialité de développement. L’impact est plus significatif dans les territoires, ce qui est logique dans le sens où la Fédération impulse et a des grands axes, des grandes orientations, mais la mise en oeuvre se situe au niveau des ligues et des comités, qui accompagnent les clubs au quotidien. Les structures intermédiaires (ligues et comités : c’est à dire les Territoires) sont au service des clubs et c’est dans ce sens là que cette enquête impacte à mon sens. Mon ressenti est que le travail effectué les oriente vers le développement d’un service aux clubs de meilleure qualité puisqu’ils disposent d’éléments d’analyses qui donnent du sens à leurs réflexions et donc à leurs actions.

Quelles sont vos perspectives d’avenir avec l’observatoire du sport français ?
Pour l’instant, j’ai principalement parlé de l’Observatoire du handball français, qui serait une composante de l’Observatoire du Sport français. Les travaux de l’Observatoire du Sport français nourrissent ou viennent impacter/questionner les travaux portés par la Fédération Française de Handball. Concernant les perspectives, je pense qu’il est nécessaire de renforcer encore le réseau, notamment avec l’IUT de Niort, et mieux exploiter leur potentialité. Pour moi, c’est l’axe majeur et prioritaire pour 2018/2019. Gest’hand, l’outil de traitement d’informations du Handball, a de fortes potentialités et de multiples bases de données très importantes. Il est important d’automatiser le traitement de ces données pour les rendre plus facilement appropriables, utilisables et intégrables dans statplanet. Ce sont ces connexions qui doivent être développées, en plus de thématiques plus spécifiques. Nous avons déjà engagé pas mal de choses. Il convient de continuer dans ce sens pour disposer d’une analyse des besoins des clubs dans le temps, leur ressenti, leur potentialité de développement, pour les éclairer. Pour les ligues et comités (les territoires), nous pouvons aussi faire un travail sur la typologie de leurs licenciés, leurs potentialités de développement et de structuration, leurs ressources humaines. nous pouvons également réaliser un travail autour du pacte de développement : comment mieux optimiser son pilotage, avec quel tableau de bord, quels indicateurs, comment pouvons-nous automatiser le process. Enfin, il existait auparavant une « fiche d’identité structure » (clubs, comités et ligues) permettant d’avoir quotidiennement des photographies à partir d’un certain nombre d’indicateurs. Cela offrait à ces différentes structures la possibilité d’avoir une image, un miroir, qui leurs permettaient de se regarder et de se dire « qui sommes nous ? ». Nous allons très certainement relancer cet outil et tendre progressivement, à travers statplanet, vers un ou des outil(s) d’aide à la prise de décision et au pilotage des politiques menaient, et ainsi évaluer les actions mises en oeuvre. Nous avons de vastes chantiers, chemin faisant nous pourrions intégrer l’emploi, les ressources humaines, et pourquoi pas des données financières. Il y a de nombreuses pistes qui restent à explorer ou en tout cas à améliorer. L’idéal serait d’avoir un outil unique de datavisualisation (statplanet ?) qui soit mise à disposition de la Fédération et des territoires afin qu’ils disposent quotidiennement d’indicateurs précis pour mieux orienter, réguler, réadapter leurs stratégies ou tout simplement optimiser le pilotage de leurs projets.

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