Entretien avec Arnaud Saurois, fondateur de l’Observatoire du Sport Français

L’initiative de la création de l’Observatoire du Sport Français vient d’Arnaud Saurois. C’est lorsqu’il occupait la fonction de directeur du Comité Régional Olympique et Sportif de Poitou-Charentes, qu’il a émis la volonté de comparer la performance de la Charente, la Charente-Maritime, les Deux-Sèvres et la Vienne sur la thématique du sport de haut-niveau. Depuis, le projet a bien évolué. Rattaché à la Faculté des Sciences du Sport de Poitiers depuis 2014, l’Observatoire du Sport Français étend son étude sur tout le territoire français (départements, anciennes et nouvelles régions), avec plus de 50 indicateurs sportifs mais aussi socio-économiques. L’objectif n’est pas « d’apporter des réponses, mais de poser les bonnes questions ». Entretien exclusif avec Arnaud Saurois, fondateur et porteur de ce projet d’étude.

Comment avez-vous eu l’idée de créer l’observatoire du sport français ? Depuis quand existe t-il ?
J’ai impulsé la création de l’Observatoire du sport français il y a trois ans à l’Université de Poitiers. Néanmoins, la démarche est plus ancienne, puisqu’elle date de l’époque à laquelle j’étais directeur au CROS Poitou-Charentes. Je voulais savoir sur quels critères on se basait pour évaluer la compétitivité des régions en haut niveau. J’ai donc récolté des informations sur le sport de haut niveau, sur les sportifs de haut niveau, les médailles olympiques ou championnats du Monde, et puis les structures d’entraînements comme les pôles France, les pôles Espoirs, etc. Ensuite, pour pouvoir comparer les territoires entre eux, je me suis dit que ça serait intéressant d’avoir la population, le PIB des territoires. En réalisant ce travail là, j’ai rajouté des variables assez standards que je connaissais du ministère des Sports, comme les licences, les clubs, mais aussi des données sur les équipements. Puis, quand j’étais au CNOSF, j’ai continué cette démarche, sans qu’elle ne devienne institutionnelle. Enfin, quand je suis arrivé à l’Université, en ayant l’occasion de travailler avec des collègues plus spécialisés dans chacun de ces domaines, c’était l’occasion de travailler de manière plus musclée sur ce projet. C’est à partir de ce moment là que l’on a créé ce que l’on a appelé l’Observatoire du Sport français, c’est-à-dire visualiser les données que l’on peut obtenir de manière libre sur le sport français. Je fais ça dans le cadre d’un projet d’études avec des Master 2, et en collaboration avec d’autres composantes de l’Université de Poitiers.

A qui s’adresse t-il ? En quoi consiste t-il ?
Ca s’adresse à tout les décideurs, tout les acteurs du sport. Mais principalement, malgré tout, à l’organisation du mouvement sportif, c’est-à-dire les fédérations, les comités olympiques, les ligues/comités régionaux et comités départementaux, ainsi qu’éventuellement le ministère des sports si cela l’intéresse. Cela s’adresse aussi évidement aux collectivités territoriales (régions, départements), notamment avec les nouvelles régions qui ont fusionné. On peut espérer qu’il y ait une réflexion menée sur l’évaluation des anciennes politiques de chacune des régions qui composent les nouvelles régions pour détecter ce qui a le plus et le moins bien fonctionné, quelles sont les bonnes pratiques que l’on peut repérer sur un ancien territoire et que l’on peut éventuellement généraliser à l’ensemble d’un territoire possédant une échelle plus grande. Enfin, notre travail pourrait également intéresser des acteurs privés, commerciaux. Par exemple, pour mener une étude de marché avant de s’implanter sur un territoire, c’est mieux de connaître la réalité de la pratique sportive sur le territoire.

Quels ont été les travaux réalisés ?
Le travail a été d’abord de continuer de compiler beaucoup d’informations, de données et de variables liées au sport fédéré. Année après année, on a enrichi le contenu en continuant à mettre à jour les données et en ajoutant d’autres variables intéressantes à mettre en relation avec le sport, comme des données économiques (pouvoir d’achat des ménages, etc.), sur le tourisme, sur le handicap, la santé. Ensuite, avec les différentes promos d’étudiants, on a réalisé des focus sur la commande de professionnels avec lesquels on travaillait (régions, fédérations et comités olympiques principalement), ainsi que des focus sur un territoire, une fédération, un ensemble de territoires dans le cadre d’une fusion d’un ensemble de régions. Et puis, on a aussi effectué des petits exercices avec les étudiants, en reprenant par exemple le travail qui avait été fait sur l’impact économique du sport en France. On avait essayé d’appliquer la même méthode, avec les données que l’on avait, sur l’impact économique et social du sport en région. A l’époque, il s’agissait encore des anciennes régions. On avait une vingtaine d’infographies sur l’impact économique et social du sport en Aquitaine, en Poitou-Charentes, en Limousin, en Midi-Pyrénées, etc.

« Les étudiants en Master 2 Management du Sport à l’Université de Poitiers sont des individus capables à la fois de comprendre l’environnement dans lequel ils travaillent, les enjeux et les opportunités du numérique »

Quels sont ses objectifs sur le moyen/long terme ?
C’est véritablement renforcer notre partie technique, c’est-à-dire avoir une base de données solide. C’est la raison pour laquelle on se rapproche de gens dont c’est la spécialité, notamment à travers l’IUT STID qui est basé à Niort. La finalité est de concevoir des tableaux de bord, des analyses, des infographies, etc. et de les mettre à disposition des acteurs pour prendre des décisions et les objectiver au sein du mouvement sportif ou des collectivités territoriales sur les politiques sportives. C’est notre ambition. En parallèle, on amorce déjà de l’exploitation de ces résultats-là, notamment depuis deux ans avec la Fédération Française de Handball. La FFHB a été un peu pionnière pour travailler avec nous sur éventuellement la création d’un observatoire du Handball français.

Pourquoi faire du projet observatoire du sport français un projet pour les M2MS ?
Tout d’abord, car c’est dans le cadre d’un projet d’études. Ca nous permet d’avoir un groupe d’une dizaine d’étudiants. Et puis ça correspond bien à la formation polyvalente que l’on a à Poitiers. Le point fort du profil de nos étudiants est leur capacité à toucher un peu à tout les domaines, et donc ils disposent de l’énorme avantage de comprendre l’ensemble des champs professionnels. L’un des champs sur lesquels on travaillait peut être encore peu et qui sera un champ intéressant de développement à l’avenir, c’est l’utilisation du data, du numérique, dans ce domaine là. De part mon expérience professionnelle, j’ai constaté qu’il y avait une difficulté pour les acteurs du monde du sport à bien maitriser les enjeux du numérique et utiliser les opportunités du numérique. Je pense notamment au mouvement sportif, de même qu’aux collectivités. Sauf qu’entre ces deux mondes là, pour l’instant, il n’existe pas vraiment de « traducteur ».  Les étudiants en Master 2 Management du Sport à l’Université de Poitiers sont des individus capables à la fois de comprendre l’environnement dans lequel ils travaillent, les enjeux et les opportunités du numérique, et donc de pouvoir se dire « quelle commande » on peut passer aux professionnels du numérique (qui eux sont plus ignorants de la chose sportive). Par exemple, pour la fédération ou la collectivité pour laquelle je travaille, l’objectif est de faire l’interface entre les deux pour réussir à utiliser les opportunités du numérique afin de mieux servir le développement des organisations sportives. Je fais le pari que ce sont des emplois qui vont se développer dans ce domaine dans les années qui viennent. 

Pourquoi rendre l’application publique et gratuite, et pas seulement accessible aux fédérations/pouvoirs publics ?
On va proposer un modèle freemium, comme les startups le font, à l’instar de Deezer et Spotify pour ceux qui écoutent de la musique. Toutes les données que l’on récupère sont accessibles sur le net depuis longtemps pour la plupart. Elles sont collectées avec une méthode sérieuse et rigoureuse. On ne produit pas les données mais notre plus value est de rassembler dans un même endroit et de regarder comment elles peuvent fonctionner ensemble. Les rendre accessibles était la base, mais on ne va pas toutes les rendre publique car il y a plus de 50 variables qui sont découpées dans une centaine de départements et de fédérations, par sexe, par tranche d’âge, etc. L’idée est de mettre en place un premier outil accessible à tous, pour voir l’intérêt et les opportunités, etc.
Dans un deuxième temps, le modèle premium est aussi de pouvoir être ressource pour que des professionnels de collectivités et d’organisations sportives se disent « on aimerait aller plus loin ». C’est ce que l’on a commencé à faire avec la Fédération Française de Handball, à travers notamment une enquête auprès des dirigeants. Il s’agit d’un travail spécifique, sur lequel on va pouvoir mobiliser les compétences des étudiants et de l’équipe pédagogique en management du sport à Poitiers. 

Quelles sont les perspectives en termes de collaborations et d’activités à l’avenir ?
L’objectif est de pouvoir développer les contacts avec différentes fédérations, à l’image de ce que l’on fait avec la FFHB. Il y a un intérêt réciproque. On va pouvoir venir enrichir l’observatoire. Nous, on est aussi dans une logique assumée de pouvoir comparer les territoires entre eux et les fédérations entre elles. Pas forcément dans une logique compétitive, mais aussi dans une logique qui permet de repérer les bonnes pratiques, les dynamiques territoriales et fédérales. Aussi, pourquoi pas un jour travailler avec le comité olympique, qui fédère l’ensemble des fédérations ? Et puis avec les collectivités territoriales, dans la mesure où l’on a déjà eu des échanges avec la Picardie, les Pays de la Loire, la Nouvelle-Aquitaine, dans le cadre de la construction d’une politique sportive par exemple sur des conférences territoriales/régionales du sport pour pouvoir faire un état des lieux précis. En fonction de cet état des lieux, on fixerait des objectifs sur le moyen terme. Par exemple, à la fin d’une olympiade ou à la fin d’un mandat sur des collectivités territoriales, on essayerait de refaire un point et voir la progression, et évaluer de manière chiffrée la politique sportive qui a été mise en place.

Le projet est rattaché à l’Université de Poitiers. Est-ce que cette légitimité vous facilite les prises de contact avec des fédérations et collectivités territoriales ?
Oui, la position de l’Université est intéressante puisqu’il s’agit d’une position neutre, indépendante. On a repris une partie de la démarche que j’ai connu il y a quelques années, qui était l’observatoire du dialogue et de l’intelligence sociale. ODIS réalisait ce travail là, notamment avec les CESER, les conseillers économiques, sociaux et environnementaux au niveau régional. L’idée était, à partir d’un certain nombre de variables, de montrer une certaine réalité sur la performance et le lien social, et de faire prendre conscience aux gens qu’ils avaient une position particulière sur la carte, et comment ils pouvaient essayer de s’améliorer dans les années qui viennent. 

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